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EAU

ORIGINELLE

Lac, Rivière, Fleuve, Mer, Glace, Neige, Givre, Déluge, Tsunamy, etc...

 

Que représente tout élément liquide dans la symbolique de l'être humain?

 

1. la matrice primordiale

 

Quelle est mon origine biologique ? Du ventre de ma mère. Dans le ventre de ma mère, le germe initial d'aspect « femelle », est pénétré par un germe d'aspect «mâle». Il s'unissent, mutent et deviennent « UN ».

 

Puis, se développant, se multipliant, se spécialisant, « UN » devient embryon. Celui-ci baigne dans la mer primitive constituée par le liquide amniotique. Là se développent et croissent mes animalités primitives et vivantes.

 

Pour naître, l'embryon doit se sortir de cet élément liquide « matriciel » et, via le col utérin, atteindre le monde « extérieur ». Un long travail secret, invisible et caché s'accomplit dans l’espace matriciel.

 

L'eau reste pour nous tous, êtres humains, un « souvenir physique » de cette période où nous vivions en unité, en osmose, en harmonie avec le corps de notre mère. Et peut-être même en syncinésie [1] avec ses actes physiques... En tous les cas j’étais à l'intérieur du corps de ma mère comme vivaient ses organes, son foie, ses reins, son estomac, sa langue, etc…

 

C'est ma première sensation d'être pré-humain. Cette perception « sensitive » s'enregistre dans mon corps et y reste présente... Comme à cette époque de ma vie mon mental n'est pas encore développé de la manière dont il le sera, une fois éduqué, c'est un souvenir difficilement formulable, mais toujours « senti ». Cette sensation fait partie de mon souvenir corporel. Les sensations qui forment ce souvenir corporel et physique sont présentes, en moi, toute ma vie, à l'état latent et non formulable.

 

Souvenons-nous que nous faisons une très grande différence entre une sensation vécue les yeux fermés et une sensation vécue les yeux grands ouverts... Le jeu de Colin-Maillard, qui se pratique les yeux bandés, me désorientait totalement: dans quelle direction suis-je? Qu'est-ce que je touche? C'est à qui? J’avais de la difficulté à mettre une image mentale sur ces sensations du bout de mes doigts!


L'embryon est en milieu aquatique, d'une part, et d'autre part il a les yeux fermés... Ce qu'il voit n'est pas grand chose, ce qu'il entend est totalement différent de ce que nous entendons... j’imagine que je me suis laissé aller aux mouvements du corps de ma mère, à sentir dans son corps les pressions, les sons, les mouvements, les chocs, etc... C'était très physique, uniquement physique. L’embryon que j’étais sentais, percevait au travers de mes 5 sens.

 

À cette époque de ma vie, le mental (la mise en concepts imagés, imaginaires ou imaginables), n'existait pas sous la forme que je lui connais. Mon mental n’a pris substance, forme et poids qu'après ma naissance. (C'est l'un des rôles de l'éducation...)

 

Ce souvenir très « physique » de la période pré-natale, je ne peux en avoir qu'une très pâle idée. C’est pourquoi ce souvenir est trouble, dans mon mental, et même, il me trouble parce qu’il reste indéfinissable au niveau du connu, de « ce que je sais ».

 

 

2. les premières eaux

 

La naissance accomplie, le premier contact avec le lait qui sourd du sein de ma mère me raccorde directement à l'élément liquide d'où je sors, dans lequel je baignais en qualité d'embryon.

 

Me voilà devenu un être vivant, un nourrisson. C'est le souvenir de la sensation « liquide » qui me fait absorber, sans crainte aucune, ce liquide aussi chaud que celui dans lequel je vivais il y a encore un instant et dont j’éprouve, maintenant, le manque.

 

Puis vient une autre première eau: l'urine. La façon dont cette évacuation naturelle (dont nous savons qu'elle est stérile au sortir de notre corps) est reçue par la personne qui me prend alors en charge, conditionne toute ma vie sur ce que sont mes « pipis ». Le bébé, que j’étais alors, évacuait sans complexes de son corps, comme un cadeau (oui!), comme une libération, avec un lâcher-prise remarquable, cette urine qui, en s'en allant, fait « tant de bien par où ça passe »!

 

(je ne parle pas ici du comportement des parents face aux matières fécales, considérées comme encore bien plus polluantes, voire "sales!"... )

 

Cette urine est souvent reçue comme un poison, comme quelque chose de « sale » (voire même de bien pire). Et si jamais le bébé arrose alors sa mère ou son père, il peut devenir un objet d'horreur (« il est dégueulasse ce bébé, tu te rends compte? »), un « pas bien » ou un « sale bébé » ou même un objet de vengeance du style « tu m'as fait ça, attends ce que je vais te rendre! ». (Je n'invente rien, hélas...)

 

Imaginons ce que peut être, dans ce cas, la déconvenue du bébé qui est « radieux » de vivre, de donner son urine, joyeux de se délivrer et qui, brutalement, se fait remettre à l'ordre, et à qui sa mère ordonne de faire autrement (mais comment, je peux faire, maman? tu peux m'expliquer calmement au lieu de crier que je suis sale? Au lieu d'ameuter tous les voisins pour leur dire que je suis un(e) sale gamin(e), une pisseuse?)


Vient alors le désespoir, le mal-être: surgit une nouvelle eau, celle des émotions, celle du désespoir, celle des larmes.

 


Les EAUX

 

Tous ces souvenirs imprécis, sont d'abord physiques, on l'a compris. Ils n’ont pris forme dans mon mental que bien plus tard lorsque j’ai pu formuler des mots, donner un nom aux choses [2].

 

Tout ce qui est liquide touche à ma nature première, et à mes premiers ébats dans la vie. Prenons bien conscience de l'impact des choses en les illustrant comme suit :

 

• « non ce n'est plus le contact d'un sein et du corps de ma mère, c'est celui d'un biberon... »


• « bon alors je suis un(e) sale gamin(e) et maman m'aime pas ce que je lui donne: elle ne m'aime pas comme je suis »


• « ah bon? c'est sale cette eau? sale-l'eau? sale-l'eau... sale-l'eau... sale-l'eau... je suis un(e) sal’eau... »

 

Qu'ajouter dans ce cas, pour les jeunes filles, lorsque « les eaux » apparaissent en elles à l’adolescence? Et, qu'en plus, « c'est du sang »!

 

Avouons qu'il y a de quoi être troublé toute une vie par des déviations d'une telle importance.

 

Mais notre propos n'est pas de dire la douleur liée aux eaux, bien que, comme vous le lisez, cela a une importance grandissime : notre propos est de dire le sens que nous attribuons à l'EAU.

 

On l'a vu c'est un sens de matrice, d’espace de transformation, de mutation non visible (du germe à l'embryon) et « dans le secret de soi ».

 

En même temps cette eau représente nos émotions (qui s'écoulent dans nos larmes lorsque nous osons encore pleurer.)

 

C'est ce secret, cet invisible qui nous fait peur. Car, bien souvent, des liens ont étés tissés dès les premiers jours, dès les premières années avec ce qui est « sale », « pas bien », « croquemitaine »... Ces monstres dont les parents nous ont parlé: « regarde, le monsieur y va te manger ». Vous avez tous entendu cette phrase, elle se prononce encore dans les magasins. Alors, crac, chez l'enfant voilà une émotion qui affleure et le monsieur se transforme en monstre dévorant avec des lunettes ou avec des grandes dents (alors que le vrai monsieur sourit!)…

 

C'est de la mer que surgissent des monstres qui nous ont fait peur, qui  vont nous manger, ou qui vont nous détruire... C'est de la mer que surgit la peur de la mort si l'on navigue dessus en pleine tempête. Chavirer, donnera à manger aux petits poissons...

 

Mais c'est aussi par la mer que s'en va le marin voyageur... Que se découvre l'Amérique... Que se trouve le repos des îles sous les tropiques... L'imaginaire éduqué prend rapidement le relais…

 

Alors ces monstres qui sont-ils? Ce sont des monstres, comparables aux dragons qui habitent nos sous-terrains de château du Moyen-âge ou nos forêts imaginaires. Et s'il nous font peur c'est parce que nous méconnaissons les grandes forces qui sont en nous et que nous nous empêchons de les exprimer.

 

Ces forces sont MONSTRUEUSES, parce que nous les réprimons tellement (si bien entraînés par nos parents et nos éducateurs) que c'est comme si nous enfermions ces forces dans une cocotte-minute avec un couvercle par-dessus pour ne plus les voir.

 

C'est l'illustration de cette phrase que vous avez peut-être souvent entendue: « s'il y a quelque chose qui ne te convient pas, tu le mets dans ta poche avec ton mouchoir par dessus ».

 

Le problème est que cet enfer-mement fait chauffer la cocotte-minute du mental: elle chauffe, puis elle siffle.

 

Alors,

 

• ou nous continuons à en avoir peur et nous augmentons l' enfer-mement et ça re-chauffe encore plus fort. Dans ce dernier cas, un jour, tout claque, tout vole en éclats, il y en a partout et les dégâts sont considérables! C'est la crise psycho-quelque-chose…

 

• ou nous acceptons de regarder dans la cocotte-minute et nous acceptons de « faire le ménage ».

 

EAUX TROUBLES - EAUX SALES - EAUX BOUEUSES...

 

Si « l'eau » qui est présente dans mes rêves est à l'image de mes émotions, que penser de ces eaux qui m'apparaissent « pas claires » dans mon rêve?

 

Je peux dire que si mes émotions sont franches, que je les vis pleinement, sans regrets, ni remords, ni culpabilité, elle sont à l'image de « quelque chose » qui s'écoulerait de moi de manière limpide et franche... comme une eau claire qui s'écoule sur la terre..

 

Par contre si mes émotions sont complexes, compliquées ou remplies de culpabilité je peux éprouver, face de ces émotions, de grands troubles... à l'image de cette eau qui sera d'autant plus "chargée" que mon émotion sera "lourde"...

 

Imaginons que j'ai eu l'impression d'avoir commise une faute grave et que le remord me ronge. Si je rêve d'une telle situation, je peux représenter mon état émotionnel comme une immense flaque (une grande émotion), un grand lac, tout boueux et rempli de "cochonneries" (chargée de mes culpabilités, de mes remords...) par exemple... ou même rempli de monstres marins aussi puissants que démoniaques...

 

LAC, RIVIÈRE, FLEUVE, MER, NEIGE, etc...

 

Souvenons-nous que nous sommes ici dans un univers d'images symboliques. Toutes les descriptions qui suivent sont à l'image de nos comportements internes, de ces images que nous pouvons rencontrer, par exemple, dans nos rêves...

 

Nous avons bien compris que tout élément liquide représente, en terme de symbole,

 

• tout ce qui est émotion, et, en même temps,

 

• tout espace qui est en capacité de transformation, qui aide à muter en « Qui_Je_Suis », dans ma profondeur.

 

En terme symbolique l'eau est donc un élément d’aspect « femelle ».

 

Quelles différences alors entre les mots « Lac, Rivière, Mer… »?

 

Une rivière est l’image d’une émotion qui coule, à l'image de l'état d'âme qu'elle représente. Un fleuve est l'image d'une émotion beaucoup plus « large », beaucoup plus imposante à soi.

 

Rivière et fleuve peuvent être des obstacles infranchissables (comme l'émotion que l'on vit), ou des obstacles que l'on peut contourner ou traverser si l'on trouve le pont, ou si on le construit...

 

Pour contourner une rivière ou un fleuve, il faut remonter jusqu'à sa source…

 

Le lac est l'image d'une étendue émotionnelle limitée, plus ou moins vaste: même si c'est un grand lac on peut en faire le tour.

 

On peut aussi traverser les fleuves, les rivières et les lacs en bateau. Toutefois le risque existe de chavirer: la forme du bateau est variable, sa construction peut être fantaisiste voire hasardeuse... Le passeur est peut-être inexpérimenté, surtout si vous êtes vous-même, dans votre rêve, le passeur.

 

La mer, l'océan...

 

C'est l'immense espace de l'émotion totale qui borde « notre Terre », avec les flux et les reflux des marées, avec les espaces fangeux entre marée basse et marée haute.

 

Dans le flux et le reflux il y a un rythme de vie qui se renouvelle continuellement. C'est le sens de la valeur symbolique de l'eau primordiale : une matrice de renouvellement bien que l'on a l'impression que rien ne se passe... Du moins apparemment, en surface... et à l'extérieur…

 

La mer c'est toute la violence des grandes marées, des tempêtes, des déluges, des tsunamy, raz-de-marée et toute la grande quiétude de la mer étale. C'est ce mouvement perpétuel des vagues qui se limite au bord de la côte ou à la ligne de marée basse…

 

La mer c'est « les poissons qui vivent dedans », les poissons dévorants, les poissons « attrapants » ou « happants ». Toutes les bêtes sous-marines qui grouillent « là-dessous » nous font peur parce que cela « grouille » dans nos émotions, que nous ne les voyons pas et que nous avons l'habitude de les faire taire...

En même temps ces forces primitives, représentées par nos bêtes marines, nous captivent parce qu'elles nous habitent, parce qu'elles nous appartiennent.

 

Bien sûr, il nous est d’autant plus difficile de concevoir un bord de mer limpide si les marées sont tellement importantes que l’eau est obscurcie par le remue-ménage du sable côtier. De telles eaux troubles empêchent de voir les animaux qui s’y promènent : ce qui augmente les peurs imaginaires… Mais il est des pays où l’eau du bord de mer est totalement transparente et permet de voir les myriades de poissons, les algues, et, s’il y en a, les coraux.

 

Il est donc important de comprendre que chaque rêveur peut avoir une symbolique émotionnelle personnelle, différente selon qu’il connaît la Manche, la Méditerranée, l’Océan ou « les îles ».

 

Autre image « aquatique »: la neige, la glace, un glacier, la banquise, le gel... De quoi glacer l'auteur du rêve!

 

« Geler une situation » c'est la mettre en attente. Lorsque la neige envahit un paysage, « la vie se déroule au ralenti »...

 

La neige est, dans un rêve, le signe d'émotions tellement fortes (tellement solides) qu'elles gèlent l’accomplissement de l'auteur du rêve dans ses émotions. Les émotions peuvent être si fortes, si pesantes, si massives que les personnages ou le paysage du rêve sont ensevelis sous cette avalanche d'émotions! Toute la vie affective disparaît, laissant place au désert blanc qui succède à l'avalanche...

 

À l’image de la réalité d’un paysage enneigé, le paysage psychologique du rêveur est complètement dévasté du fait de la disparition, sous cette masse gelée ou glacée, des repères précédents…

 

En termes symboliques, je peux devenir prisonnier de mes émotions: c'est ce que représente l'image du marin isolé dans son bateau au milieu de la mer ou du montagnard enfoui dans une crevasse…

 

Cependant, il suffit de me laisser exprimer mes émotions pour revoir apparaître la terre ou pour faire fondre la glace.

 

Cela paraît simple à dire et difficile à faire... Et pourtant c'est la vérité de soi.

 

En acceptant de vivre et d’exprimer mes émotions,

 

• je prends connaissance de ce qui m’anime,

 

• je prends connaissance de mes comportements étranges qui me semblaient dévorants, gluants, fangeux, glaçants,

 

• je prends connaissance de ma vulnérabilité, de ce qui est humain en moi,

 

et, au lieu de vouloir me présenter aux autres tel(le) que je veux qu'ils me voient, j’accepte de ME vivre tel(le) que « Je_Suis ».

 

En m’acceptant tel(le) que je suis, dans ma réalité, je prends mesure de mes fondations, je reconnais où m’ancrer. Sachant sur « quoi » m’appuyer, je peux me construire ou me re-construire.

 


[1] le mouvement syncinésique est celui qui est exécuté par un membre ou un organe en copie d’un mouvement exécuté primitivement par un premier membre ou un premier organe.

[2] Comme dit Françoise DOLTO, dans un premier temps, l'enfant « mamaïse » son environnement : il donne une valeur affective aux objets qui l’entourent « en rapport » avec ce que sa maman en décide. Par exemple, « le doudou » est l’objet de remplacement de « maman », lorsqu’elle est absente. C’est pourquoi l’enfant est tellement « attaché » à cet objet qui est image de cette substitution. Puis, l’enfant « chosifie » les objets en les nommant, il les met en rapport avec lui à l’image du rapport que ces objets ont avec la mère.

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